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mercredi 31 juillet 2013

Femmes & Tsenan'apela

Misère et Prostitution - Société
Après l'éloge de la femme, quoi de plus naturel que de prendre la défense de ces femmes, dès lors qu'elles ne sont pas respectées.

Le district bara d'Ivohibe est tristement célèbre pour le "tsenan'apela", cette forme de prostitution qualifiée de "traditionnelle" :

"Les Bara Iatsatsa du clan d'Ivohibe pratiquent une tradition appelée « tsenan'apela »  ou « marché des filles » où les adolescentes vont au marché de bétail local, soit de leur propre gré ou envoyées par leurs parents, pour être « achetées » pour passer la nuit avec un riche..." (Country Reports on Human Rights Practices For 2006, Vol. 1, April 2008, 110-2 Joint Committee Print, S. Prt. 110-40, *, Volume 1 - p372)

De même, Zoly Harilala Rakotoniera évoque encore Ivohibe, dans la province de Fianarantsoa :

"Prospère une entreprise traditionnelle qu'est la vente de jeunes femmes. Une fois par mois, les femmes sont obligées de se rassembler à un endroit appelé "tsenan'apela" pour être achetées par ceux qui sont intéressés et qui souvent les exploitent sexuellement et physiquement" (Realizing Malagasy Women’s Sexual Rights : a Step towards Development - page3)

Ensuite, un article datant de 03-04-2009 écrit par Livah Rabearison nous donne un aperçu détaillé de cette triste pratique :

"Au départ, les jeunes filles servaient de trophées durant les luttes traditionnelles. Par la suite, elles sont venues au marché aux bœufs pour fréquenter les riches éleveurs. Ainsi est apparue la coutume" rappelle Véronique Nenibe, une octogénaire. La coutume a ensuite évolué. Aujourd’hui, dès 13 ans et parfois même avant, certains parents très pauvres logent leurs filles dans des cases à part en leur donnant uniquement de quoi se nourrir. Ils les poussent ainsi à venir chaque samedi au marché aux bœufs des communes de la région. Les filles s’y prostituent pour gagner un peu d'argent. Selon la somme proposée, elles passent une heure, une journée ou une semaine avec des hommes, en particulier des vendeurs ou des propriétaires de zébus."

Quelques années avant, l'article de Fanja Saholiarisoa partage le témoignage de Ravakasoa Larissa Herinjanahary, une Bara Bory d'Ivohibe  :

"La pratique se passe les samedi, jours de marché aux boeufs. Les jeunes filles vont de leur propre gré ou sont envoyées par leurs parents, afin de trouver des hommes riches pour se faire de l’argent.
“Elles se tiennent dans une place, appelée Tsirimbelo, où elles y passent leur nuit en compagnie d’un homme selon un prix convenu au préalable." (Express Mada 17/11/2006)


Enfin, un "groupe à risque" a même été évoqué dans le cadre du dispositif contre les infections sexuellement transmises auprès du tsenan'apela d' Ivohibe.

Pour couronner le tout, actuellement l’ONU dénonce la banalisation de l'exploitation sexuelle des enfants à Madagascar. La rapporteuse spéciale des Nations unies, Najat Maalla M’jid s'est indignée : 

« Pour moi, le constat est alarmant. J’ai été dans les rues, de jour comme de nuit, j’ai été dans les discothèques, j’ai été dans les bars. Partout, vous avez une prostitution des filles mineures. Vous avez des gamines qui ont moins de treize ans ! », s’insurge-t-elle.

En cause :
  • la pauvreté grandissante
  • les crises politiques à répétition
  • l’affaiblissement des services sociaux de l’État
  • les dysfonctionnements de la justice
« Vous avez des textes de loi, vous avez un arsenal, mais vous avez un problème de son application, qui n’est pas uniquement une question de moyen, mais c’est un système qui est problématique. Il y a des policiers, des gens qui travaillent, il y a des associations qui arrivent jusqu’à arrêter des individus qui sont ensuite relâchés. La famille n’a plus envie de signaler, parce que la personne qui exploite est encore là et la famille a peur des représailles », dénonce encore la rapporteuse de l’ONU.

Combien d’enfants malgaches sont victimes d’exploitation sexuelle ? Les chiffres officiels manquent. Une association, ECPAT France, a réalisé des études dans plusieurs villes du pays : dans la capitale, le nombre d’enfants dans la prostitution a au moins doublé depuis 2009. Ils seraient aujourd’hui plus de 1200." (source RFI)

Cette misère découle de l'incompétence des pouvoirs publics malgaches en terme d'éducation et d'octroye d'emplois aux jeunes ayant terminés leur cursus scolaire.

Effectivement, la solution réside toujours dans l'éducation (long terme donc pas rentable immédiatement) comme le souligne Ravakasoa Larissa Herinjanahary, qui mérite bien d'être la Bara du mois ! 


Cette calligraphie d'Hélène Ho, publiée dans courrier international signifie "Jinu" 
lire l'article

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Mise à jour ce 05.09.2015 :

   Le 9 septembre 2014, un anthropologue juridique à l'Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne a écrit un long article intitulé :


Le "tsenan'ampela" chez les Bara.

   "A une question posée par Zoky be Rossy Madagascar sur cette institution, voici quelques éléments de réponse.

   Tout dépend de la manière dont on présente les choses. Tout d’abord il faut savoir ce qu’est le marché (tsena) dans la culture malgache, en milieu rural et en particulier chez les bara. Le marché n’est pas uniquement un endroit où des personnes viennent acheter des objets et retournent ensuite chez eux. Ce n’est pas un centre commercial, ni une grande surface et encore moins le marché aux légumes et aux fruits de Rungis. Ce n’est pas un endroit où l’on réalise uniquement des profits. Le tsena est avant tout un espace de rencontre, de convivialité, de divertissements,… où se tissent des liens pérennes et non seulement ponctuelles. Le jour de marché un événement important qui rythme la vie hebdomadaire des ruraux dans des régions (no man’s land) où il ne se passe souvent presque rien. Les hameaux dont les villages sont souvent composés de seulement quelques dizaines de toîts sont éloignés les uns des autres par des distances relativement fortes. Ce n’est que ce jour que les gens ont l’opportunité de se rencontrer.

   La manière dont beaucoup vazaha voyent les institutions traditionnelles malgaches est souvent dévalorisante et teintée d’ethnocentrisme. Le tsenan’ampela, tel qu’ils le présentent, rappelle étrangement la traite de femmes blanches dans les pays arabes à une certaine époque, voire le marché aux esclaves, ou encore un bordel à ciel ouvert. Or ce n’est pas du tout le cas.

 Ce n’est pas une contrainte à proprement parler de se rendre aux tsenan’ampela bien que des parents décident encore et toujours de ce qui est bien pour leurs filles. C’est consentantes que la plupart des femmes y vont . Oui ! Il existe encore dans certains pays des femmes qui veulent se marier. D’ailleurs, en l’absence d’écoles, de lycée… qu’y aurait-il d’autre à faire que de fonder une famille ? Avant de condamner et voire toutes choses en termes d’« approche genre », il faut avoir à l’esprit que l’horizon du possible est limité pour ces femmes. On ne change pas une société à coup de textes de lois mais en créant des opportunités.

  Le tsenan’ampela est un lieu de coquetteries. Lorsqu’on connaît les codes vestimentaires et les modèles de coiffure chez les bara qui distinguent les hommes ou femmes mariés(es), célibataire(s) ou veufs, et ceux (ou celles) qui sont à la recherche d’un(e) époux (se), on comprend mieux les choses. C’est tout un jeu de séduction : radio-cassette, sono à fond, peigne fiché dans les cheveux… Tout y passe. Les femmes ont évidemment le pouvoir de choisir leurs prétendants. Le marché est un endroit de forte concentration de population et donc implicitement c’est là où il y a le plus d’offres et de demandes, le plus de chance de trouver « chaussures à son pied ». L’essai est permis parce que la société bara a une sexualité libre et attache très peu d’importance à la virginité (précepte introduit par le christianisme à Madagascar). Quelle différence avec les sites de rencontres sur les réseaux sociaux, les « speed dating » en vogue en Occident actuellement ?

  La dot est aussi mal comprise par les observateurs étrangers. Le raccourci est vite fait entre « tsenan’omby » (marché de zébus) et « tsenan’ampela » : femme contre zébus ! Or, le zébu n’est nullement le prix de la femme. Ce n’est pas non plus un cadeau que l’on donne à une prostituée. C’est la dot que l’homme doit aux parents de la femme en compensation de la force de travail qu’ils perdent. En Europe, c’était le contraire puisque les femmes devaient posséder une dot pour avoir un meilleur parti. Pourrait-on alors conclure que toutes ces reines, comtesses, baronnes,…de France se prostituaient ou plutôt que leurs époux étaient des gigolos ?

  Pour en terminer, je rappelerai tout simplement ce que disait Claude Levy Strauss dans « les structures élémentaires de la parenté » : la femme a été, de tout temps, une monnaie d’échange entre les différents groupes. C’est là que réside le fondement de l’interdiction de l’inceste et non dans les risques de tares génétiques. Si l’on prenait femme uniquement dans son groupe, il n’y aurait plus d’échanges sociaux et de densification des réseaux de parenté et d’alliance. Les bara, comme d’autres groupes, ont compris qu’une société qui reste repliée sur elle-même meurt. CE QUI EST SÛR C'EST QU'ON NE VEND PAS DE FEMMES à MADAGASCAR.

  Je rappele encore que si l'on désire changer certaines pratiques, c'est en créant des opportunités qu'on pourrait le faire et non en votant des lois prohibitives pouvant conduire à l'éclatement de la société en question. L'accès de la femme à l'éducation, à l'emploi... sont les clés de son plein épanouissement. Une solutiuon progressive et en douceur".

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Mise à jour ce 08.11.2015 :

   Voici une animation réalisée par les enfants pour protéger les enfants. BRAVO !



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Ravakasoa Larissa Herinjanahary





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