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vendredi 4 décembre 2015

Vol organisé

   Après le film "docu-fiction" du mois précédent, décembre sera le théâtre des vrais dahalo sur le terrain, pourchassés par les forces de l'ordre, sous le regard de la caméra d'un journaliste.


   Ce retour dans le temps - 3 ans déjà - permet une meilleure compréhension des enjeux dans cette région et de visualiser la "Chronique Dahalo", cette nouvelle page du site consacré à la culture BARA. Cet article donnera accès à plus d'informations aux internautes non malgachophones qui seront amenés à voir ce reportage.




   On pourrait qualifier le journaliste, Herinjaka RAKOTOMANANTSOA, de reporter de guerre parce qu'en septembre 2012 il a suivi militaires et gendarmes dans la région de Betroka lors de la traque de Remenabila.






  Environ 850 000 têtes de bétail ont été dérobées dans le sud malgache et plus exactement : Anosy, Androy, Vatovavy, Fitovinany et Ihorombe.





   D'après la responsable du district de Betroka, pendant les mois de juillet et août, il a eu une forte recrudescence de vols de zébus sur les trois  communes de Mahabo, de Renovitsika et de Ranotsara Sud. Receleurs et recruteurs de malaso y étaient particulièrement actifs.

    Plusieurs chefs de bandes sont cités dans ce reportage.


   Le plus redoutable, car il est devenu la pièce maîtresse de ce trafic de zébus, est REMENABILA. Plusieurs fois attrapés et cinq fois jugés, il est le roi de la corruption depuis des années. Très tôt prévenu de l'arrivée des gendarmes, grâce à ses sbires, Remenabila prépare entre 12 et 20 millions d'ariary (1 euro = 3 299,18 ariary en août 2014) pour sa liberté et la protection de sa famille. 


   Ainsi, gendarmes et magistrats sont responsables des remises en liberté dont ce bandit à toujours su bénéficier.

  
   Tout semble aller bien jusqu'au jour où le fils de Remenabila décède suite à une fusillade avec les gendarmes au cours d'un vol de zébus. Furieux, Remenabila s'est juré de le venger (séquence 3mn05). Et c'est ainsi qu'au lieu-dit Iabohazo de la commune d'Isira, dix forces de l'ordre furent tués en mission par l'équipe de Remenabila en 2012.







  • homme âgé de 65-70 ans
  • financier du réseau de corruption
  • financier des malaso
  • responsable du stock de zébus avant la revente
  • falsificateur des passeports de zébus
  • commanditaire de l'assassinat des 10 militaires
  • blessé par balle au pied

  •    D'autres informations le concernant sont à votre disposition à la page "Vols de Zébus".


             

       La violence des malaso dépasse l'imagination comme le témoigne ce voyageur d'un taxi-brousse attaqué. Le chauffeur s'est fait tiré dessus avant d'être tué à coup de hache... 



      


        D'après les habitants, une des solutions serait le remplacement du personnel du tribunal afin de lutter contre la corruption. 








       Sans parler du trafic d'armes comme le témoigne un instituteur d'Esira.







       113 dahalo on été tués par la population en quatre jours à la mi aout dans quelques communes rien qu'en 2012.


            

         Véritable aveu d'échec des gouvernements depuis l'indépendance, le phénomène malaso a été reconnu par le président Rajoelina :
    • corruption
    • complot politique
    • défaut des forces de l'ordre
       Si bien que la guerre aux voleurs de zébus est déclarée avec l'arrivée de 200 militaires en renfort.

       Au moment du reportage, 15 dahalo réputés écumaient dans le sud, dont :




    TSIRINASY :
    • homme âgé de 60-65 ans
    • propriétaire de troupeaux (panarivo)
    • planteur de cannabis (200 hectares dans la forêt de l'Andriry)
    • receleur de zébus
    • financier des malaso

    MPIHINA ou BARINJAKA :
    • homme âgé de 35-40 ans
    • ancien militaire
    • excellent tireur
    • trafiquant d'armes
    • possesseur de cinq AK47
    • membre du commando ayant tué les 10 militaires à Esira
    BILA :
    • homme âgé de 32-36 ans
    • fils de Tsinasy
    • dealer de cannabis
    • recruteur de malaso
    • chef d'équipe lors des vols de zébus
    • chef d'équipe ayant tué un capitaine de gendarmerie au nord de Betroka

    TOKANONO :
    • femme âgée de 38-45 ans
    • ombiasy guérisseuse de la famille de Remenabila
    • assiste aux opérations et vols les plus importants
    • ombiasy spécialiste en amulettes selon les besoins des malaso :
              - " Ody vy " : anti-balles
              - " Mihazakazaka " : permet de courir plusieurs heures d'affilées
              - Masobe tsy mahita " : provoque la vision trouble de l'ennemi 
              - " Zakan'ny rivotra : favorise le déplacement inattendu des dahalo, comme une tornade, lors des attaques


    BISCUIT :
    • homme âgé de 28-32 ans
    • ancien militaire
    • excellent tireur
    • bras droit de Remenabila
    • fournisseur en cannabis aux malaso
    • chef d'équipe lors des vols
    • incendiaire, tueur de militaires et de propriétaires de zébus

       Le journaliste a bien signalé la responsabilité des "dahalo au col blanc" sans lesquels le trafic n'aurait pas lieux (séquence 13mn20)






       Ensuite le reportage montre les préparatifs pour déloger les brigands de leur repère dans la forêt profonde de Vorimiantsa. 










        La consigne est de viser les jambes, au ras du sol mais pas le buste ("trongiso amin'ny tany")









         Andranovory et Ankarapotsy étaient les derniers campements de Remenabila. Et il faut y aller afin de récupérer les armes des dahalo, dont les AK47




      
     

        L'accès est très difficile. C'est sur la RN13 entre Betroka / Tsivory / Beraketa, à une journée de piste et trois heures de route en pleine nuit.






         Les dahalo n'hésitent pas à mettre le feu à la savane pour masquer les traces du troupeau et pour brouiller les pistes.

     

       S'en suit une difficile marche d'approche dans le noir total. La progression des militaires est limitée à trois kilomètres en 5h30 de marche. 




        Arrivés sur zone au lever du jour, les militaires sont accueillis par les dahalo qui ouvrent le feu aussitôt.


     

       Tout le monde se plaque au sol. La chute du caméraman et l'humidité nocturne ont détraqué la caméra.

    Riposte des militaires









      
    11 dahalo tués
    (pas de militaires blessé)

    certains ont pris la fuite.






        

     Un AK47 est récupéré, ainsi que des passeports de zébu déjà cachetés, des cartes d'identité nationale vierges, des cachets officiels et du cannabis.



        Andranovory est le deuxième repère de Remenablia. A peu près 80 dahalo y sont installés avec leur familles.


                      

       Ils vivent sous la protection d'un totem en pierre au pied duquel il y a des billets de banque et du sang

          

    dont l'emballage de tissus est renouvelé avant chaque attaque.


    "sokafatsika amin'ny anaran'i Jesosy io kah tsika sady kristianina no miaramila"
    Pour se donner du courage, un militaire a tiré dessus puis, a invoqué Jésus avant de défaire les noeuds... Tokanono passe au moins tous les sept mois pour bénir le totem pendant la pleine lune.
    Ainsi, les dahalo ont la foi...


       

    Tokanono est capturée à Ianabina (30 km de Betroka)  

         

             

    La vindicte populaire réclame la peine de mort ! 


        A 100 mètres de Mahabo se trouve le couloir de passage des dahalo. Ces derniers se vantent auprès de la population : "Qu'ils viennent les forces de l'ordre s'ils sont forts" après avoir délester le commerçant de six cageots de bière.


        La responsable du district de Betroka confirme qu'il n'y a plus de vol de zébus depuis l'arrivée de l'hélicoptère... 

      
         

    ... et que l'autodéfense villageoise se mettra.


            


       Au cours du siège du couloir de passage des dahalo, un habitant témoigne sous caméra : " Tsirinasy est bien le financeur (...) qu'un groupe de dahalo précède le troupeau de 200 à 500 têtes et qu'un autre groupe ferme la marche (...) que l'effectif des dahalo varie entre 100 et 300 hommes (...) qu'ils vont en direction de Babaria, le fief Remenabila (...) qu'il y a eu 60 morts à peu près lors des actions de Remenabila depuis mai (...) que toutes ses exactions sont reliées " selon les dires de cet indicateur qui connaît ce lieu depuis son enfance.

          

         C'est dans ces conditions difficiles que les militaires essayent de rattraper un pis aller de plusieurs décennies... et qui porte atteinte à la culture BARA basée sur l'élevage des zébus...


    Photo du mois

    (voir la page)
    Musique du mois
       Voici deux grandes voix de la chanson malgache pour dénoncer ce qui est dit ci-dessus :


    (ECOUTER LE MORCEAU)





     




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    Mise à jour ce 15.02.2017 : 

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    Mise à jour ce 24.08.2017 : 

    (source)
       "L’ingénieur Achilson Randrianjafi­zanaka, alors étudiant en troisième année en Économie et gestion agricole, mène dans le Sud, vers la fin des années 1960-début des années 1970, une étude sur les motivations des vols de bœufs.
       
       Ce fléau national traduit en premier lieu, indique-t-il, une lutte pour le pouvoir au sein de la communauté, avec un aspect sportif. En effet, dans certaines épreuves, à certains moments, les « dahalo » ou « malaso» doivent faire preuve d’adresse, d’agilité, de vitesse et d’endurance (lire précédente Note).

       Le phénomène est également un facteur d’« équilibre social », ajoute l’auteur. Dans une société vivante, c’est-à-dire en évolution incessante, la stabilité peut être rompue à tout moment. « L’accession d’un membre du groupe à un poste élevé, l’enrichissement d’un autre… sont autant de facteurs de déséquilibre social et politique, car la distribution du pouvoir de décision au sein de ce groupe est remise en cause. »

       Et dans les sociétés d’éleveurs, enrichissement signifie naturellement augmenter la dimension du troupeau. Ce qui est suffisant pour provoquer la méfiance sinon la jalousie d’autres membres du groupe.

       « Il en avait trop, il commençait à parler trop fort dans les réunions, il marchait la tête haute. Bref, tous ses gestes et paroles ont été interprétés pour de la vanité. D’autant plus qu’en certains moments, il se montait manifestement arrogant et peu respectueux des vieux. Les fils de ces derniers ou les adversaires de toujours, aidés des complices, vont donc lui donner juste une petite leçon de modestie. »

       Par ailleurs, si au sein même du groupe la lutte pour le pouvoir est dure et que toute tentative de rompre un équilibre social sécurisant est vite réprimée, la rivalité est évidente entre deux groupes ennemis ou distincts. Chaque chef veut contrôler ses voisins et exige la reconnaissance de sa renommée. « Ceci était à l’origine des guerres interclaniques ou intertribales qui, en fait, se résumaient en razzias de bœufs.»

       De ce passé, il reste ce besoin de s’affirmer, de refuser que quelqu’un soit plus riche et plus puissant que soi.

       Achilson Randrianjafizanaka précise toutefois, que dans cette contestation du pouvoir étranger, le terme « voler » est inapproprié pour le cas des bœufs. Car c’est une « entreprise guerrière » qu’aucune loi ordinaire ne peut comprendre.

       « Le guerrier bara ou mahafaly ne vit pas seulement dans le présent, car le passé (l’ancêtre) et le futur (sa renommée, sa descendance et histoire) l’observent. Non seulement, il se protège des attaques, mais prend aussi l’initiative d’une offensive ». Chaque groupe a sa propre loi : protéger ses bœufs, donc son indépendance, et rafler ceux de l’adversaire, donc étendre sa puissance.

       Mais quand s’implante la colonisation française, les temps changent parce qu’elle arrive avec ses lois et ses tribunaux, met fin aux guerres de conquêtes. Les razzias (« raoke » ou « halats’ombe ») tombent sous le coup de cette nouvelle loi. Les milices, les gardes indigènes chargés du maintien de l’ordre sont recrutés pour se charger de faire régner l’ordre, notamment arrêter les voleurs de bœufs. Et enfin, la prison est créée.

       « Mais on sait avec quelle souplesse nos contestataires se sont adaptés à cette nouvelle situation. Aller en prison pour vols de bœufs   Quel honneur ! Nouveau titre à son palmarès. Sa femme ne ressentira aucune honte à son égard, bien au contraire. Le célibataire, lui, trouvera tout de suite après une épouse. »

       Esprits indépendants, jaloux de leur liberté, les « dahalo » ou « malaso » contestent le pouvoir des « parvenus ». Poussés par l’occupant, ces derniers accèdent à des postes de chefs. De surcroit, ces « nouveaux riches » sont connus pour avoir été les plus pauvres de la région. Mais comme ils sont allés en classe, ils savent parler aux Vazaha. Et avec le temps, ils s’enrichissent, achètent des bœufs. Et on va les leur enlever. « On va leur rappeler à ces Vazaha-Gasy, les vieilles structures qu’ils veulent démolir."
    Pela Ravalitera

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    Mise à jour ce 02.09.2017 :

    (lire l'article)