BARA de Madagascar

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dimanche 11 décembre 2016

Besoin de mourir

Mort du corps... et l'âme ? - Au-delà

    En 1850 Brillat-Savarin a inscrit "mourir" parmi les besoins humains. Effectivement, si nous ne mourrons jamais la planète sera déjà saturée ou complètement détruite, étant donné notre capacité de destruction. L'anthropocène désigne d'ailleurs la période actuelle où l'être humain a laissé des traces irréversibles sur l'environnement.  

    Bien que les Bara ne soient pas de grands prédateurs ni de grands pollueurs, comment conçoivent-ils la fin de vie ?

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    Toujours chez les Bara - et les malgaches pratiquants l'exhumation - la mort est un processus nécessaire et suffisant pour entrer au panthéon des ancêtres. 


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   Beaucoup de Bara et de malgaches se sont convertis au christianisme, ce qui n'empêche pas la mort de frapper d'une manière nouvelle dans l'Ibara et tout Madagascar d'ailleurs. L'assassinat est devenu tristement fréquent quand l'enjeu commercial autour du commerce du zébu prend des proportions importantes.  

   Depuis le début de l'opération Mazava (lumineux) contre le vol de zébus et pour le rétablissement de l'ordre en milieu rural, 25 personnes sont déjà morts ! Sombre bilan pour une opération lumineuse. 


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   Ce n'est pas parce que le verset 110 de la Sourate 18 du Coran annonce "Dis : Je ne suis qu'un être humain comme vous" que l'humanité a le même comportement face au sujet philosophique qu'est la mort.


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   Chaque culture la manifeste différemment. Celle de l'Occident est plutôt une vision de la mort aseptisée où l'on prend des distances, dans la mesure du possible, même quand il s'agit de la mort d'un proche. Ceci explique peut-être aussi ce pessimisme grandissant dans le monde moderne comme l'écrit Gaston Paul Effa dans "Le dieu perdu dans l'herbe" à la page 153 :


« Vous avez peur de la mort car vous avez oublié de vivre »



Photo du mois

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Mise à jour le 08.01.2017 :

   Considérée comme un suicide par certains et d'ailleurs interdite par la législation japonaise actuelle la pratique du sokushinbutsu permettait à quelques moines bouddhistes de mourir à petit feu et de se momifier.

(lire aussi)
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Mise à jour le 22.08.2017 :


(lire l'article)
(lire l'article)

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Mise à jour le 29.10.2017 :


"Les pillages de sépultures font rage. Mercredi et jeudi, les forces de gendarmerie ont constaté deux cas. Si auparavant, les cambriolages de caveaux commis en plein Tana étaient concentrés à Ambohiman­gakely, Ambohijanaka et Itaosy, le phénomène fait tache d’huile dans l’Avara­drano à Ilafy et Ambohi­manga. Le dernier pillage constaté a été perpétré à Ambohipanja Ankadikely Ilafy. Jeudi après-midi aux alentours de 16h 30, un membre du comité de vigilance du quartier d’Ambohipanja s’est présenté à la brigade territoriale de la gendarmerie pour le signaler. En effectuant un état des lieux, les gendarmes ont noté que c’était le caveau d’une famille résidant à Ankadifotsy qui a été pris pour cible. Les
malfaiteurs ont arraché vingt-quatre os longs sur plusieurs corps.

Pas plus tard que la veille à Ambodimanga Itaosy, des personnes venues assister à un  enterrement ont constaté  qu’un tombeau des environs avait été ouvert.
Alertés aux alentours de 15 heures, les gendarmes se sont rendus sur les lieux pour faire le constat. Ils ont alors découvert que neuf corps ont été vandalisés et les malfaiteurs en ont emporté les os longs.

Fantasme

La brigade  territoriale de la gendarmerie nationale à Itaosy est saisie de l’affaire. Le cambriolage remonterait à une semaine selon les enquêteurs. Pour ce double acte  de vandalisme, commis à Itaosy et à Ankadikely Ilafy, aucun indice ne permet, jusqu’à maintenant, de remonter de fil en aiguille aux auteurs.
Très souvent, les trafiquants d’ossements humains se font prendre pendant qu’ils essayent d’écouler la marchandise prohibée. Des séries d’arrestations s’ensuivent le plus souvent lorsque les forces de l’ordre réalisent leurs coups de filets. Auteurs et démarcheurs se font arrêter. En revanche, les acheteurs sont impossibles à identifier et demeurent, à chaque fois, insaisissables, amenant
ainsi à penser que le trafic d’ossements humain n’est que le fantasme d’un business criminel aléatoire où les acheteurs promettent du vent aux auteurs pour mieux les rouler dans la farine. Vieux d’une quadruple décennie, le vol d’ossements humains se fige encore dans la nébuleuse où le mystère est entier sur la finalité."
Andry Manase




lundi 7 novembre 2016

Besoin de zébus

"Prières, bouses et potions pare-balles : La vie d'un zébu dans la tribu Bara"Zébu

   Voici un reportage de Deb Tanni et de Thomas Page publié par CNN le 02.11.2016. 



   "Avec ses 592.000 km², Madagascar est la quatrième plus grande île dans le monde. L'Île Rouge possède un de ses écosystèmes les plus fascinants, abritant 200 000 espèces animales et végétales connues, mais aussi 20 différents groupes ethniques.

   Voici l'histoire commune d'un animal et d'un groupe ethnique : Le ZEBU et la tribu BARA, plus précisément du village de Sakamaninga.



Des bêtes sacrées :
Le zébu - une espèce de boeuf à bosse - est précieux, voire sacré et indispensable à l'économie de la tribu.

   Les Bara vivent au sud-ouest de l'île dans une région connue pour sa large variété de terrain, couvrant des formations de grès, des canyons profonds et des terres de hautes herbes. C'est à travers ces paysages reculés que la tribu guide son bétail.

   Ils ont gagné leur réputation de guerriers féroces par nécessité. Effectivement, ils doivent protéger à tout prix leur bétail ainsi que leurs axes de passage avec des lances traditionnelles mais aussi des fusils de chasse.


   Les propos de Fernando Samby : "Le Zébu peut nous sauver dans n'importe quelle circonstance" rappellent ce proverbe Bara :  

"Tsy misy raha tsy efitsin’aomby amin’ny Bara"

"Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara"

   Ce jeune bouvier de 16 ans, fils du Roi de village Sakamaninga, rajoute que : "Si nous avons besoin d'argent pour la nourriture alors nous n'avons juste qu'à vendre un zébu".

   Samby alterne l'école avec la surveillance des troupeaux pastoraux qui peut occuper des jours entiers.

  "Je commence tôt le matin" dit-il. "Après le petit-déjeuner, je sors le bétail de leur enclos, ensuite, je reste dehors avec eux toute la journée, pour ne revenir qu'en fin d'après-midi".

   Samby patrouille avec un fusil de chasse pour repousser les malaso, ces voleurs de bétail. Il travaille dans les mêmes conditions difficiles que la tribu Mundari du Soudan du Sud. 

   A l'instar des Mundari, un lien rapproche l'homme et la bête. Le bétail est considéré comme un intermédiaire entre la tribu et le Dieu. Les prières pour leur bien-être sont récitées chaque matin par le Roi Samby et le parc à zébus (vala)  a une connotation spirituelle.

   "Il faut se déchausser et se découvrir avant d'entrer dans le vala" explique le fils du roi. "Même la bouse de zébu est manipulée à même les doigts parce qu'elle n'est considérée comme souillée. Après avoir bu du lait de la vache, le récipient utilisé doit être lavé et l'eau doit être jetée à l'Est, la direction sacrée".


Mariages rouges

   Le respect de la tradition est primordiale chez les Bara, particulièrement lors  du mariage. Le zébu est encore impliqué ici. Les prétendants doivent prouver leur bravoure par des "razzias de bétail". "Ce n'est plus commun dorénavant" dit l'anthropologue Clément SAMBO. "Ils voleraient seulement un ou deux zébus pour montrer la force. Le choix était de voler ou de faire face à l'emprisonnement le cas échéant".




   Les vols de bétail dans le cadre de rituel de mariage se font rares de nos jours, même le zébu constitue toujours le dot matrimonial. On donne le bétail aux parents d'une jeune mariée et seulement quand ils sont tous abattus est le couple considéré a épousé, explique le Roi Samby.*

  Étant donné le caractère sacré du bétail, les Bara font tout pour protéger leurs troupeaux, y compris le recours aux conseils clairvoyants de l'Ombiasy.

   "Il y a deux différentes sortes d'Ombiasy" dit Clement SAMBO, "Le mauvais et le bon. Les mauvais sont considérés comme des sorciers et les bons sont responsables de garder la paix dans la société et ils sont souvent des guérisseurs, des astrologues, des sages-femmes et des tradi-praticiens malgaches".

   Un Ombiasy peut utiliser une combinaison de potions pour protéger le bétail de voleurs, explique l'anthropologue
  • Le Too-ja-ka "pour s'étendre" en malgache permet au bétail de s'enfuir à l'approche des voleurs. 
  • Le Si-ham-ba-la-ha-fa provoque la mort du zébu dès qu'il rentre dans le parc du 
  • Le oly bala est une potion protégeant le bétail et les propriétaires des balles.


   Il arrive alors que les prétendants ne font plus de razzia sur les troupeaux de zébu. Ils se contentent juste de négocier".

   Je vous invite à consulter le site Bara pour confirmer ou corriger ( * ) le contenu de ce reportage. Dans tous les cas, CNN nous a fait un beau cadeau à travers les 3 courtes vidéos associées et qui nous donnent un bel aperçu sur la huitième édition du festival de karitaky à Ranohira.


 
        
  
  
  

   Vous trouverez à cette page les 3 liens vers les 3 vidéos : 

(accès à la page vidéo)



Photo du mois



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Mise à jour le 30.01.2017 :

Aomby... son altesse le zébu en difficulté...


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En tournage : 
« Dabokandro »

Un film documentaire sur le thème du zébu, son importance et son omniprésence dans la vie et la culture malgache
(finition et master : automne 2015)

Depuis l'année 2010, un phénomène d'une ampleur inédite défraie la chronique à Madagascar. Les vols de zébus sont de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. On parle de centaines de malfaiteurs armés, de milliers de tête de zébus envolées, de villageois blessés ou tués, d'un trafic organisé à grande échelle et qui rapporterait des millions d'euros. Des opérations musclées de maintien de l'ordre sont lancées de la capitale, Antananarivo, qui se soldent par des morts dans les deux camps. Les dahalo (bandits) disparaissent comme par magie et réapparaissent comme par miracle. Dans cette confusion pathétique, le chef présumé des dahalo, un certain Remenabila, demeure insaisissable.
SOLO, jeune malgache du pays des antandroy - ethnie du sud de Madagascar, éleveurs de zébus -, profondément touché par ce fléau au sein même de sa famille, est bien décidé à débusquer les coupables. Avec la complicité de ses proches et de son réseau de connaissances, il remonte la filière. Au long d'un parcours miné de risques, SOLO et son groupe, aguerri au danger, arpentent le pays, accumulent les informations et les appuis. Alors que l'étau se resserre sur le noyau dur des dahalo, SOLO doit déchanter. Les pseudo-repentis ont monté un pernicieux pataquès et ont mené SOLO à un point de non retour...

Sans zébu, pas de salut ! "


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   Ecouter le cinéaste à partir de 20mn22.
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Mise à jour le 23.05.2017 :


La fourniture de la capitale en viande de zébu sérieusement menacée

   "Les opérateurs issus des 18 tribus » et évoluant dans l’élevage, le convoyage/transport et le négoce du zébu confirment ; ils vont cesser leurs activités à partir du 25 mai prochain. Le marché de viande de zébu de la capitale en sera la principale victime. Ces opérateurs rejoignent ainsi les positions des membres de la coopérative MadaOmby qui attendent d’autres mesures plus concrètes de la part de la Gendarmerie nationale (voir : Les fournisseurs de zébus se rebellent contre le racket des gendarmes), telle l’identification des postes de contrôle, le tracé d’itinéraires sécurisés et la transparence des taxes et autres frais.

   En tout cas, Hajanirina Ramaherijaona député de Madagascar élu à Tisroanomandidy confirme lui aussi que les frais occasionnés par la transaction d’un zébu sont exorbitants car ils avoisinent les 150 000 Ariary, l’équivalent ou presque du prix d’un zébu à son point de départ. En sus les prix de la Fiche individuelle de bovidé (FIB) qui varient en fonction des décisions de la Région.

   A noter que la coopérative MadaOmby rassemble une centaine d’opérateurs à laquelle s’ajoutent les membres de l’association des opérateurs en zébus des 18 tribus. Le ravitaillement en zébus de la capitale ne peut qu’en être affecté sérieusement. Tahiry Sambiavy, président de la coopérative MadaOmby déclare que ses membres fournissent 85% des besoins de la capitale en zébu.


La Région Bongolava et la Préfecture démentent

   Devant cette menace de non approvisionnement du marché de la capitale en viande, Njakalalaina Raherimiandrisoa, Préfet de Tsiroanomandidy et Angelo Herinirina Rakotonirina, Chef de Région démentent ; « il ne peut y avoir de fermeture du marché de zébus de Tsiroanomandidy. La décision de fermeture ou d’ouverture du marché de zébu de Tsiroanomandidy ne dépend pas des coopératives ou des associations mais relève des décisions de l’Administration, de la Région ou de la Préfecture ».

    Cependant ces autorités appellent les acteurs dans le zébu au dialogue. Elles savent très bien et estiment en effet que si les opérateurs n’achètent pas les zébus dans les petits marchés des régions Sud-ouest, Melaky, Bongolava ou Ihorombe et n’acheminent pas le zébu vers les grands marchés (Ambalavao, Mahitsy, Tsiroanomandidy…), les transactions au marché de Tsiroanomandidy seront très réduites sinon inexistantes et la fourniture de zébu pour le marché de la capitale de même.

   Afin de résoudre ce problème, l’ancien Premier ministre, Monja Roindefo propose sa médiation auprès de la Gendarmerie nationale, auprès des autorités des Régions (Bongolava, Ihorombe et Melaky) et des associations de négociants en zébu".
Bill
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Mise à jour le 31.05.2017 :

Madagascar: fin du bras de fer entre éleveurs de zébus et autorités

   "A Madagascar, les éleveurs de zébus remportent leur bras de fer avec les autorités. Depuis une dizaine de jours, ils avaient bloqué l'approvisionnement de la capitale en viande de zébu. Ce mouvement avait été créé pour protester contre les vols et les rackets dont ils étaient victimes. A Antananarivo, la capitale, les stocks de viande ont alors diminué et les prix se sont envolés. Désormais, le prix des bovins sera plus transparent et davantage encadré.

   Les acteurs de la filière de la région du Bongolava, qui abrite le marché aux zébus de Tsiroanomandidy, dans le centre de Madagascar, avaient cessé de fournir la viande vers la capitale. Or, chaque semaine, ce sont des milliers de zébus qui transitent sur ce marché, l'un des plus importants du pays, avant de prendre la route vers Antananarivo.

   Au terme de deux jours de négociations, les éleveurs ont obtenu gain de cause, vendredi 26 mai.

   Eleveurs et autorités du Bongolava sont ainsi parvenus à trouver une issue favorable au mouvement de contestation. La principale victoire de la coopérative Mada Omby, qui regroupe les acteurs de la filière zébus, fut la mise en place d'un guichet unique pour la perception des taxes sur le marché bovin de Tsiroanamandiby. Une mesure qui vise à plus de transparence.

   Les éleveurs dénonçaient en effet les rackets de certains gendarmes. Ils disposeront désormais d'informations claires sur les montants à payer.

   Par ailleurs, un arrêté régional fixe désormais le prix de la fiche individuelle de bovidé à 12 000 ariary (environ 3 euros). Le document mentionne l'origine et le propriétaire du zébu. Indispensable pour empêcher la vente des bêtes volées dans le circuit légal.

   Reste que la coopérative demande toujours la présence permanente de militaires dans certaines zones, connues pour être fréquentées par les dahalos, les voleurs de bovins. Cependant, la fourniture en viande de zébu vers la capitale va reprendre « petit à petit », indiquent les éleveurs.

   Une nouvelle qui satisfait les consommateurs. Car même si la situation n'était pas au point de la pénurie de viande de zébu, cette suspension de l'approvisionnement a eu des conséquences pour le porte-monnaie des Tananariviens. Le prix a flambé sur les étals des bouchers, passant à 11 000 ariary le kilogramme contre 7 000 ariary habituellement."

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Mise à jour le 07.09.2017 :


2° festival des zébus à Ihorombe
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Mise à jour le 08.12.2017 :




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dimanche 9 octobre 2016

Besoin de rituel

Rituels - Protection

        Après l'introduction sur les besoins humains, poursuivons notre inventaire sur les besoins supposés secondaires mais important pour notre bien-être ou plutôt pour nous donner assurance face aux aléas de la vie.

            Chez les Bara les événements les plus importants nécessitent un rituel où le zébu servira à connecter le groupe sur terre aux ancêtres du panthéon. Un dicton résume cette foi : 


" Tsy misy raha tsy efitsin’aomby amin’ny Bara"

" Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara" 

(source : Les Bara de Madagascar - Une civilisation du boeuf" Luigi Elli - page 64)

               Il en est de même chez les sociétés dont le PIB est nettement plus élevé tels que la Corée du Sud. Ce pays qui sert de modèle de développement ne peut pas s'affranchir de rituel avant de tourner une série télévisée par exemple, sauf qu'ici c'est le cochon qui en fait les frais !

  

  


   

                                        


(voir le document séquence 18mn13)

Misaengmul (2015) Bonus - épisode 2

Baek Seung Ryong (백승룡) Ahn Yong Jin (안용진), Kwak Kyung Yoon (곽경윤) 


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Mise à jour ce à&.09.2017 :


        ... ou plus besoin de rituel ?


(écouter le reportage)

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Mise à jour ce 20.11.2017 :


Depuis la nuit des temps, le besoin de dieu est omniprésent dans la Grande Île.


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Antananarivo, le 19 octobre.
Une femme se rend à  la mosquée du quartier populaire de «67 Hectares»
Photo Rijasolo. Riva Press  
"La Grande Ile, majoritairement chrétienne, voit proliférer les sectes évangéliques, concurrencées côté musulman par des prédicateurs rigoristes. Une conquête du territoire pour l’instant pacifique.

  Madagascar : églises, mosquées… Dieu est partout

«Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir être barbus ?» se demande le lieutenant-colonel de gendarmerie Armandin Ralaiko, dans un sourire moqueur. Le gradé malgache s’inquiète d’une petite secte naissante, les «Hébreux», dont les fidèles nichent sous les faubourgs du nord d’Antananarivo, la capitale malgache. Mal nourris, errants, vêtus de guenilles, ils laissent pousser leurs cheveux et déscolarisent leurs enfants. « J’en viendrais presque à préférer les écoles coraniques », ironise-t-il, en référence à la décision du ministre de l’Education, il y a quelques mois, de fermer une grosse douzaine d’établissements dépendant de mosquées, dans lesquels les petits garçons se faisaient tondre le crâne et récitaient le Coran cinq heures par jour. L’affaire avait fait grand bruit, jusqu’à ébranler les bancs de l’Assemblée nationale, dont 30 % des membres sont musulmans - un pourcentage inédit pour Madagascar.

Sur la Grande Ile, une forte majorité de la population est chrétienne. Faute de statistiques officielles, les estimations les plus récentes évaluent autour de 10 à 13 % la part de musulmans. Le reste des Malgaches sont adeptes de croyances traditionnelles animistes, qui tissent des liens entre morts et vivants. Alors que les Eglises traditionnelles, accusées de collusion avec le pouvoir, perdent pied, les sectes évangéliques prolifèrent - plus de 200 mouvements protestants sont recensés - et rivalisent d’audace. En début d’année, les Témoins de Jéhovah ont réussi à bloquer deux jours durant le centre-ville de «Tana» pour de simples rassemblements de foi.

Mais seul l’islam déchaîne les passions. Vol de cloches, autodafés de bibles, distribution de hijabs sur les marchés… autant de racontars relayés par les médias locaux, qui reprennent en boucle le « Tsaho malgache», soit la rumeur populaire, observe Mathieu Pellerin, chercheur à l’Institut français des relations internationales, auteur d’un récent rapport très riche sur l’islamisation à Madagascar.

ONG islamiques

La puissance des on-dit, relayés et amplifiés, crée un contexte « inquiétant», pour la communauté musulmane car il la « pousse» à « se replier sur elle-même», ce « sentiment d’exclusion, voire d’injustice, étant parmi les plus propices à la radicalisation », note-t-il.

L’exagération touche aussi le nombre de mosquées actives, que la presse locale évalue à 2 000. Pourtant, la gendarmerie malgache, il y a un an à peine, répertoriait à peine 87 constructions de mosquées, aux trois quarts sunnites, sur la période 2010-2016. Ce recensement avait été effectué sur fond de paranoïa, à la demande des délégations étrangères présentes au sommet de la Francophonie, qui s’est tenu à Antananarivo fin novembre 2016.

Car la crainte de voir Madagascar devenir une base arrière du terrorisme mondial est réelle. Ce pays pauvre et sous-développé, qui compte une importante présence occidentale, a connu une arrivée massive d’ONG islamiques étrangères, dans un contexte de développement du jihadisme en Afrique de l’Est depuis les années 90.

L’ouverture récente de l’espace aérien à Turkish Airlines a facilité l’arrivée de prêcheurs de tous horizons. Selon la Direction générale de l’immigration malgache, 20 à 30 prédicateurs venus notamment du Pakistan et d’Indonésie transitent désormais chaque semaine par l’aéroport d’Antananarivo.

Or le contrôle de l’Etat malgache sur son territoire est tout relatif. Avec 9 000 policiers pour 23 millions d’habitants, soit un ratio plus de cinq fois inférieur à celui de la France (environ 150 000 policiers pour 67 millions d’habitants), les forces de sécurité sont en situation de « misère totale», estime un coopérant français, qui suit le sujet de près. Il est de notoriété publique que les «dahalos» (voleurs de zébus), dans le sud du pays, louent fréquemment leurs kalachnikovs aux gendarmes du cru. L’absence de fichier central entre les polices rend en outre «la circulation des informations parfaitement inégale et opaque », ajoute-t-il.

Dans un tel contexte, le risque est de voir se créer des cellules dormantes. A l’image de ces « étrangers, barbus et armés à proximité d’une mosquée », aperçus il y a deux ans près de Tamatave (Est) par un journaliste occidental. Son témoignage avait particulièrement inquiété les ambassades étrangères. Contactée par Libération, la police de Tamatave dit à ce jour ne rien savoir de cet épisode.

L’un des cerveaux du 11 Septembre, le Comorien Abdallah Fazul, a pourtant été repéré à Madagascar en 2007. En novembre 2015, un Franco-Algérien avait été arrêté pour avoir fait l’apologie de l’Etat islamique sur les réseaux sociaux, et pour possession d’images à caractère terroriste. Il sera relâché pour «démence» quelques mois plus tard.

Selon Leon Chaaban, imam sunnite depuis trente-cinq ans, «le terrorisme islamiste ne prend pas ici. Car la culture malgache repose sur la fihavanana». Véritable pierre angulaire de la société malgache, ce concept inclut les règles qui définissent le lien social intracommunautaire. Leon Chaaban poursuit : «La famille malgache au sens large se méfie terriblement de ceux qui veulent leur arracher des membres de la communauté.» Sectes évangéliques et islam rigoriste se livrent de fait à une conquête du territoire pour l’instant pacifique. Dans la cité de «67 Hectares», un quartier très populaire proche du centre d’Antananarivo, les « nouveaux arrivants » se côtoient. Jusqu’à cinq « Eglises cadettes» (comprendre les nouveaux cultes évangéliques et protestants) et deux mosquées partagent le même bloc d’immeubles. Dans le vacarme d’une petite rue encombrée et terreuse, il n’y a qu’à faire son choix entre le clocher longiligne immaculé de la secte Apocalypsie, et l’immeuble austère aux vitres fumées de la dernière mosquée salafiste, Abou-Bakr, financée par une ONG saoudienne. «Cela ne pose aucun problème aux Malgaches pour qui, culturellement, l’affrontement est exclu, remarque Sylvain Urfer, jésuite et écrivain, habitant l’île depuis 1974. C’est un peuple religieux au plus profond de lui-même, qui vit pour 85 % sans électricité, donc dans le noir, face aux esprits.»

Ces nouveaux cultes, sectaires et musulmans rigoristes, partagent en outre « des idéologies bardées d’interdits, d’excès de religiosité », analyse-t-il. Les évangélistes misent ainsi sur une lecture très littérale de l’Ancien Testament, d’où l’interdiction de la transfusion sanguine pour bon nombre d’entre elles.

Exode rural

Les prédicateurs radicaux encouragent, eux, un rapport au texte coranique sans contextualisation de son époque d’écriture. Des règles « qui séduisent la société malgache, structurée par les fadhis  [les interdits culturels, ndlr], mais en pleine décomposition sociale, car minée par la corruption, l’exode vers les villes, et l’insécurité », regrette Sylvain Urfer.

La cohabitation se fait de plus en plus difficile. Il y a quelques mois, la controversée mosquée Abou-Bakr, représentée par un imam converti, ouvertement salafiste, affichait sur un panneau lumineux apposé sur sa façade « Jésus n’est pas le messie », alors que la secte Jesosy Mamonjy («Jésus sauve») lui fait quasiment face.

«Une provocation de plus », soupire le cheikh Boina Madi M’zé, un sexagénaire membre de la représentation musulmane traditionnelle, le FSM, existante depuis 1962. « Ils sont obsédés par le fait de couvrir les femmes et de maintenir les autres religions à distance, et retournent la tête de nos petits frères.»

Les musulmans sont présents «depuis le VIIIe siècle à Madagascar, bien avant les chrétiens. Le calendrier malgache est indexé sur la lune et de nombreuses ethnies ne mangent pas de porc : avec un ancrage historique pareil, oui, je vous le confirme, nous avons une stratégie de développement bien en place », répond le cheikh Orlando, lui-même converti à l’islam. Très actif sur le Net, le trentenaire charismatique a été formé à l’étranger à l’idéologie wahhabite. Il est le «chargé de communication» du CMSM, la Communauté musulmane sunnite à Madagascar, puissante association financée par la Banque islamique de développement - et qui soutient la mosquée d’Abou-Bakr.

Une stratégie de conquête qui passe par des «conversions massives», annoncées par voie de presse et brandies par certaines associations sunnites mais dont le nombre reste incertain, suscitant la suspicion de la communauté chiite locale. Les discours prosélytes s’accentuent progressivement, et les signes de défiance se multiplient au sein des deux courants de l’islam. Il y a deux ans, onze hommes issus du Jamaat-Tabligh, un mouvement sunnite pakistanais ultraprosélyte et considéré comme une secte dans certains pays, ont été accusés d’avoir accaparé une petite mosquée chiite près de Tuléar, dans le sud de l’île, et d’avoir menacé l’imam avec une arme.

Signes de défiance

La dernière rencontre annuelle de la communauté sunnite à Madagascar laisse craindre un regain de tension. Des fidèles chiites infiltrés, envoyés comme taupes pour le compte d’une branche du chiisme local, enregistrent les débats. Ils donnent à entendre la prégnance de préceptes ultrarigoristes. Promotion de la charia, discours de haine antichiite et anti-«karana», la communauté des Indiens de Madagascar, très majoritairement chiite, prospère et enracinée. Leur principale mosquée à Antananarivo est surnommée «la mosquée des khodjas», un groupe chiite issu de la communauté indienne, qui détient les principaux opérateurs économiques du pays.

Depuis la très majestueuse bâtisse, Mahmoud Reza Khamis, cofondateur de l’Institut islamique de Madagascar (puissante association financée par les khodjas et très impliquée dans le secteur de la santé), se dit «très préoccupé par le repli des communautés, lié aux nouveaux arrivants d’inspiration wahhabite». A la sortie de la mosquée, un discret panneau clouté au mur rappelle que l’accès n’est autorisé qu’aux khodjas."

Photo du mois