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samedi 2 janvier 2016

Dahalo repentis


Apôtres - Chefs Dahalo
   On ne naît pas dahalo mais on le devient. Et lorsqu'on a pratiqué "ce métier", que devient-on après ?
  • Soit on meurt de vieillesse comme dans n'importe quel métier si on ne se fait pas attraper, mais c'est assez rarissime.
  • Soit on succombe de mort violente et c'est souvent le cas depuis que des scènes de guerre se déroulent dans le sud malgache.
  • Soit on se repent si une prise de conscience arrive.
  Le troisième cas nous rappelle un peu ces jeunes européens qui se radicalisent et qui un peu plus tard font le choix de revenir vers cette société contre laquelle ils étaient auparavant.

   La société est assez embarrassée lors de leur réintégration car elle doit répondre à plusieurs questions :
  • Comment ne pas donner l'image d'une société "trop tolérante" donc favorisant l'impunité ?
  • Comment ne pas laisser en marge ces jeunes repentants et les laisser dériver vers la récidive ?
   Véritable enjeux socio-politique, le cas des repentants occupe l'actualité à Madagascar. 

   Chez certains malaso, il existe une autre forme de recyclage : la conversion au christianisme.

   En règle général, un dahalo fait usage de ody (aoly en dialecte bara) pour se protéger et amplifier sa force aussi dans la pratique de son métier. Le terme métier peut choquer plus d'un, mais force est de constater que c'en est bien un dans le monde rural malgache et cela ne risque pas de cesser spontanément tant que l'on ne créée pas une dynamique et des emplois pour canaliser l'énergie de tant de jeunes hommes vigoureux...

   Récemment, deux cas nous ont montré que d'anciens chefs dahalo sont devenus tout simplement de fervents prêcheurs et s'octroient même le titre d'âpotre. Il en est ainsi du fameux TSARA TSARA.


   Sa réputation n'est plus à démontré, d'ailleurs, il suffit de saisir son nom sur n'importe quel moteur de recherche lors de la réalisation de cette compilation.

                           


( le pasteur Andriamanjato Rivoarilala Thierry le soutien )






   Son état civil indique qu'il : 
  • s'appelle MANDAGANAKY 
  • alias "Remboagny"
  • est né en 1975
  • est marié et père de famille
   Sur son site internet, car il en a un, il revendique ses origines BARA Zafimagnely Zafimbolamena même s'il est né à Ambondrombe (80 à 100 km de Miandrivazo (région sakalava) où il a vécu. Son autobiographie est très bien détaillée et il suffit de croiser les informations avec les coupures de presses et les émissions télévisées où il était invité pour lever les petites contradictions et dresser ce qui suit. (des rectificatifs ont été effectués suite au commentaire ci-dessous)

  Fils d'un chef dahalo, il est initié à la "culture du zébu" en 1987. Effectivement, comme n'importe quel Bara, dès 12 ans, il s'occupe du bétail. Notons que son père est à la fois :    
  • chef de lignée "mpitàna ny viarara na ny hazomanga"
  • devin guérisseur "ombiasa ihany koa" 
  Parmi les amulettes protectrices qu'il confectionne, figurent par exemple des charmes contre le fer, dont la sagaie "tsy laitram-by" et contre les balles "tsy laitram-basy".

   A la mort de son père, il prend le relais est devient un chef de malaso connu sous le nom de Remboany alias Revoaibe. D'après certains journaux il est aussi identifié sous un autre nom de guerre : Remaitsokabo ou Remetsobe. Cette activité informelle dura assez longtemps et plus précisément de 1992 à 2011. Il porte encore aujourd'hui de multiples cicatrices de ces échauffourées, entre autres sur la tête, la nuque et le genou.

   Ses malheurs commencèrent en 2010, suite à la convoitise de la femme d'un autre. D'après lui, il a été victime du "rao-dia". Ce sortilège conduit à la formation d'une plaie au pied et/ou à la jambe. Pour son cas, cette maladie (bay en dialecte bara) dégénéra car ses propres ody étaient complètement inefficaces. De même, aucuns des autres tradi-praticiens qu'il a vu n'ont pu le soulager. Ce qui l'amena à consulter un médecin à l'hôpital d'Andranomadio - Antsirabe. Lorsque le médecin lui proposa l'amputation, il refusa aussitôt étant donné qu'il a besoin de ses jambes dans son métier de dahalo.

  Il quitte l'hôpital et, désespérée, sa mère lui proposa d'aller prier au sein d'une communauté chrétienne. Cependant, le pasteur André refusa de le recevoir tant qu'il n'a pas brûlé toutes ses amulettes. Ce qu'il fit, malgré lui.

   Ensuite, il est baptisé par immersion le 23 août 2010. Au cours de cette cérémonie, il visualise une main immense sur sa tête... Dorénavant, on l'appellera apôtre Tsara Tsara.

  Tsara Tsara n'hésite pas à raconter qu'il a ressuscité à deux reprises. Cependant, la datation de ces deux événements restent assez aléatoire. Bien que ce genre d'événement n'arrive pas au commun des mortels, l'intéressé lui-même fournit des dates différentes à chaque interview et qui de surcroît, ne correspondent pas exactement à celles figurants sur son site...

  De même, ne serait-il pas plus prudent de parler plutôt d'expérience de mort imminente (NDE) au lieu du raccourci résurrection ?


"Izaho nahita raha"  - "J'ai vu quelque chose"
  Toujours est-il, sa première NDE remonterait fin juillet 2010, au cours de laquelle il a été oint par Jésus en personne ! C'est au cours de ce voyage astral qu'il reçu aussi son nouveau patronyme comme l'explique l'intéressé :
  • le prénom TSARA provient du Père céleste "Ray" (cf. Marc 10:17-18)
  • le nom TSARA provient de Lui-même "Ahy" 
  Puis, il se réveille le 01 août 2010 au matin. Et comme son entourage ne croit pas à son histoire, désespéré, il récidive dans le vol de zébus. 

   Le 15 décembre 2010, il fait sa deuxième NDE. Cette fois-ci, il dû rendre compte pourquoi il n’a pas accompli sa mission d'évangélisation, pour enfin s'engager par signature avec un immense stylo céleste... et quand il revient sur le plancher des zébus, il constate la guérison définitive de sa plaie !

   Alors il débute ses prêches à Miandrivazo, entouré de ses 12 disciples.

   Même s'il n'a pas fondé une Eglise, il reconnaît ses origines Fifohazana, d'où le port de vêtement blanc.


(séquence 13mn02)
   Ensuite, il continue à prêcher à travers tout Madagascar en se déplaçant à pied, en entraînant des foules. S'en suivent, miracles et guérisons par apposition de la main droite sur la tête des souffrants. Il a même réussi "à ressusciter" 2 morts à Ambatondrazaka.

   Son originalité réside dans le fait qu'il "a contredit le verset biblique (Matthieu 28 :19) en conseillant aux pasteurs de baptiser les personnes comme bon leur semble, en fonction de ce que le Saint-Esprit leur soufflerait à ce moment là" d'après certains journaux.

   Le 20 septembre 2012, il arrive à Mahajanga sur invitation de l’apôtre Rija Harivelo responsable de l’église Rema, « vadin’ny Zanak’ondry ». Parmi la cinquantaine de disciples figurent des personnes de 70 ans, femme enceinte et beaucoup d'adultes jeunes.

   La célébrité de Tsara Tsara est de plus en plus établie, jusqu'à sa reconnaissance par Ny Hasina Andriamanjato. Ce dernier, président de la Délégation Spéciale de la Commune Urbaine d’Antananarivo, l'a même présenté au président de la république de l'époque (Andry Rajoelina). Certaine source prétende que Tsara Tsara a été "baptisé par immersion dans l’Ikopa par le pasteur Ny Hasina Andriamanjato"

  Ce qui est sûr c'est que le président de la Délégation Spéciale de la Commune Urbaine d’Antananarivo l'a invité à prêcher dans le commissariat de Tsaralalana en 2013.




   Ensuite il reprend son bâton de pèlerin et arrive à Ihosy le 06 novembre 2014. Il invite 300 personnes de la capitale de la région Ihorombe a se repentir. Par la même occasion, il baptise 200 personnes le premier jour et 300 autres les 3 jours suivant.

  Il poursuit sa mission divine dans le Sud, ce qui le conduit à Betroka le 29  novembre 2014 pour, selon ses propres termes, "la croisade, baptême et delivrance". La dite délivrance correspondrait plutôt à de séance d'exorcisme...

   Le 05 février 2015, avec un certain aplomb, il annonce devant les caméras de télévision : "j'ai ressuscité 13 personnes depuis à Madagascar". (25mn20)  

Vert Blanc Rouge : couleurs nationales
  Par la même occasion (séquence 24mn36), il annonce que sa mission consiste aussi à mettre en place la "réconciliation nationale à la demande du président de la rep Hery Rajaonarimampiainina". Puis, il évoque la mésentente entre les "petites" et les "grandes" Eglises  à Madagascar... ? !



   Et pour finir, sur son site, il se risque à prédire le pire, peut-être l'apocalypse, en 2017 : "Raha tsy mibebaka ny rehetra dia ho avy ny loza amin’ny 2017. Hisy aizina mandrakotra ny tany mandritry ny 17 andro sy 17 alina”.

    Le rendez-vous est donc pris ! 

    En attendant étudions le second malaso repenti et qui a déjà été rattrapé par ses fausses prédictions : l'apôtre Marc TATANDRAZA.


   Originaire d’Ambovombe (Région Androy) et né en 1989, il est le fils de Fomafana et de Soavelo, aîné d'une fratrie de 6 enfants.


   D'après l'autobiographie sur son site il devient "héritier de ody" le 04 octobre 2005. Sa carrière de chef dahalo fut bien remplie entre 2006 et 2007 à Bekily.

   C'est d'ailleurs en 2007 qu'il se reconnaît comme ombiasy "désigné par Satan pour être à la tête des sorciers à Madagascar" avant de se convertir au christianisme par une femme le 29 septembre 2007.
   A l'instar de Tsara Tsara, l'apôtre Tatandraza a aussi fait deux NDE :

  • la première le 06 octobre 2007 dura une journée
  • la seconde le 24 juin 2012 (entre temps il devient tireur de pousse-pousse à Toliara)

   Par la suite, il commence les prédications à Bekily. Puis, à pied pied, il prêche  
à travers Madagascar, jusqu'à Miandrivazo (Morondava).

   Le 03 août 2013, il fait un crochet à Antananarivo pour se présenter officiellement et donner des explications à La Rotonde. Effectivement, un article
04 septembre 2013 relate qu'il est la "source d’une rupture radicale entre les adeptes d’une grande église qui se trouve à la Commune rurale de Mahaiza, à Betafo. « Notre église qui était un monastère, devait célébrer ses 63 ans d’existence. Mais après son arrivée, tout a radicalement changé, rien n’est plus comme avant. Et les fidèles ont été divisés en deux parties, dont ceux qui ont préféré le suivre, et ceux qui sont contre lui. Après qu’il ait conquis le cœur de notre dirigeant, il a commencé à faire ses propres lois dans notre église. Donc, nous n’en pouvions plus. C’est pour cela que nous le poursuivons en justice », explique le représentant de ladite église".

   Le 07 septembre 2013, il a écopé de 3 mois de prison fermes et de 6 mois d’emprisonnement avec sursis, en raison de la fausse prophétie annoncée il y a quelques jours déjà. En effet, ce dernier a prédit l’image apocalyptique d’Antananarivo en trois semaines, ce qui n’a jamais eu lieu.

   Néanmoins en 2015 il est toujours entouré d'une quarantaine de membres. Ici encore la tenue blanche laisse supposée une sympathie au mouvement Fifohazana...




  Le 12 mars 2015 il aura de nouveau des démêlés avec la justice de Mahajanga, entraînant la fermeture de son église FKM (fikambanana Kristianina) d’Antanimasaja.

   Leur règle communautaire impose de vendre tous leurs biens (forcément acquis dans le péché) et reverser les bénéfices à la dite communauté. Ensuite,  les démunis sont hébergés par la communauté.

   Notons que dans cette affaire, "Davida kely" alias "Maitre Sanga" qui fut l'ancien chef du fokontany d’Amborovy serait le futur chef d’Etat malgache en devenir... Pareillement, 3 responsables sont arrêtés : l'apôtre Sanga, l'apôtre  Clerment et un inconnu.



  Au final, les fidèles de cette paroisse étaient invités à rentrer dans leurs régions d’origine : Mandritsara, Antananarivo, Amboromalandy et les alentours...

  Le 15 mars 2015, l'apôtre Tatandraza se trouve en détention à la brigade criminelle pour trouble à l’ordre public avec 9 autres apôtres. 

  Remise en liberté provisoire le 16 mars 2015, il est de nouveau arrêté le 19 mars 2015 pour kidnapping et viol sur mineures. 

  Mis en détention provisoire à la prison Marofoto de Mahajanga, il écopera d'un an d'emprisonnement ferme à partir du 07 mai 2015.

  La fameuse formule de Boileau, « Tout protestant est pape, Bible à la main » (Satire XII - Sur l'équivoque), résume mieux qu'un long discours cette aspiration protestante à l'interprétation personnelle des Écritures : aucune autorité, aucun pape ne peut en principe lui dire ce qu'il doit penser. Aucune institution ne peut non plus prétendre parler au nom de tous les protestants... (source) ... au risque de finir en prison... 
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Sources : 
  • "ledaily" Article du 08.04.2014
  • "inovaovao" du 24.09.2012
  • "tiantanindrazana" du 03.08.2013
  • "lanation" du 07.09.2013 
  • "lanation" du 04.06.2015 
  • Interview TvPlus du 05.02.2015
  • Interview TvPlus du 10.08.2015
  • Interview TV Madagascar du 23.08.2013

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Mise à jour ce 18.05.2017 :

   
(lire l'article)

Photo du mois




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Mise à jour le 20.06.2017 :

   Voici des nouvelles de l'ex-dahalo devenu apôtre Tatandraza :

(source)
   "Affrontements entre civils à Analakininina Soanierana Ivongo hier matin. Le temple de l’église néo-réformée Fivavahana Kristianina Miray (FKM), dont le repris de justice Marc Tantandraza, s’est érigé non seulement en pasteur mais aussi, en quasi-divinité en tant que patriarche, a été incendié par une foule, en état d’énervement total. Douze de ses fidèles ont été, dans la foulée, arrêtés. Blessés lors des heurts, ces derniers sont, néanmoins, mis en observation médicale. Marc Tatandraza est, pour sa part, en cavale.

   Des séquestrations d’adolescentes, des abus sexuels, ainsi qu’une prise d’otage incriminant cette communauté religieuse, ont mis le feu aux poudres, de source auprès des autorités locales. Selon les informations communiquées, des emprises religieuses ayant brisé des  ménages et ruiné des familles ont été signalées depuis que le pasteur Marc Tatandraza est venu s’y installer avec une horde de fidèles au début de ce mois.

   Le pasteur et ses compagnons, venus de Mahajanga, Mandritsara, Toliara, Amboromalandy, Antanana­rivo, se sont installés dans le temple même. Aveuglées par les prêches du pasteur et de ses templiers, des femmes ont quitté leurs époux et fait donation de leurs biens, en se remettant aux versets bibliques, et aux pseudo-commandements invoqués par les prêcheurs. Conquises par cette communauté religieuse, collégiennes, lycéennes ainsi qu’universitaires pubères, ont abandonné leurs foyers parentaux pour aménager avec les fidèles FKM au temple même. Construit avec des matériaux locaux, celui-ci avait des dortoirs de fortune d’après les forces de l’ordre.

Prise d’otage

   Hier vers 8h30, une atmosphère délétère s’est emparée d’Analakininina lorsque des parents des adolescentes et des jeunes filles retenues se sont rués vers le temple pour chercher leurs enfants.

   N’étant pas les bienvenus, ils ont été chassés avec violence par les fidèles. Après ce coup d’éclat, ces derniers ont campé sur la RN 5, pour verrouiller la voie de desserte menant à leur église. Pris en otage, un individu, qui avait accompagné les parents des adolescentes, a été ligoté et séquestré. Prête à en découdre, cette cohue de fidèles se chiffrant par centaine, était armée de bâtons et de lance-pierres.

   Après avoir été contraints de se replier, les parents ont, quant à eux, rameuté des villageois pour revenir à la charge sitôt leur rang renforcé. Entre-temps, des leaders de l’Organe mixte de conception (OMC) du
district de Soanierana Ivongo, ainsi que les forces de police et celles de la gendarmerie se sont dépêchés sur les lieux pour essayer d’engager des pourparlers, mais les fidèles les ont accueillis à coups de lance-pierres.
En surnombre, le fokonolona a chargé les émeutiers du FKM aux alentours de 10h 30. Après les avoir repoussés et disloqué leurs rangs, les habitants insurgés ont mis le feu au temple et vandalisé l’habitation de Marc Tatandraza et de ses prétendus disciples. Un policier a été blessé lors des affrontements.

Pasteur multirécidiviste

   Marc Tatandraza a déjà été arrêté aux prix d’un affrontement avec ses fidèles à Antanimasaja Mahajanga le 12 mars 2015. Les autorités ont, dans la foulée, fermé la communauté religieuse qu’il a dirigée. Ces mesures ont été prises lorsque des problèmes similaires à ceux qui ont fait déborder le vase à Soanierana Ivongo ont fait l’objet de plainte. Ses compagnons, venant de plusieurs villes ont été renvoyés chez eux. Avant de se reconvertir dans la religion, Marc Tatandraza a purgé une longue peine de prison. À sa sortie, il a étalé dans les média sa saga criminelle, et s’est érigé le titre de premier «dahalo niova fo». Après la fermeture de son temple à Mahajanga, il s’est rendu à Soanierana Ivongo avec sa meute, en présentant une autorisation d’ouverture dont l’authenticité suscite des interrogations".

Seth Andriamarohasina